Tous manger sauvage ?

cuisine sauvage et locale : glands de chêne

Et si tout le monde mangeait sauvage, est-ce que ce serait possible ?

Cette question, on me la pose à presque tous les stages, et dans presque toutes les conférences. Et au vu de la pression actuellement exercée par les humains sur la biodiversité, elle est justifiée.

Malgré tout, il s’agit d’un faux débat, car la vraie considération, c’est que notre alimentation actuelle repose sur un modèle qui lui, n’est pas tenable. Il suffit d’un chiffre pour illustrer cette impasse, celui de l’épaisseur des sols. D’après Samuel Bonvoisin, qui cite la FAO, suivant la situation géographique d’une forêt (proche de l’équateur ou des pôles), il faut entre 200 et 1000 ans pour former 2,5 cm de sol. Or aujourd’hui nos pratiques agricoles nous font perdre 2,5 cm de sol tous les 16 ans. Il n’y a pas besoin d’être doué en calcul pour se rendre compte que ce mode de fonctionnement n’est plus tenable.

Fruits et graines d'arbres sauvages comestibles

La vraie question c’est plutôt « Et maintenant, que faisons-nous ? ». Pour ma part, je fais le choix d’apporter une réponse créative à ce défi. Une réponse basée sur mes 15 bonnes années d’expérience auprès des plantes spontanées, de leur rencontre sur le terrain, de leur observation, cueillette et cuisine au fil des saisons.

Et si, plutôt que de maintenir la végétation au stade des graminées (que sont les céréales), nous nous laissions porter par ce que la nature propose spontanément sous nos latitudes ? Et si les graines de certains arbres remplaçaient majoritairement les céréales, et si les herbacées remplaçaient une grande partie de nos légumes ? En d’autres termes, et si la partie végétale de notre alimentation reposait sur les glands, les châtaignes, les noisettes et autres oléagineux, accompagnés par les fruits et les herbacées spontanées ? Cette proposition, je ne suis pas la seule à la faire, d’autres précurseurs y travaillent aussi, que ce soit dans leurs jardins ou en cuisine.

Pissenlit : fleurs, feuilles et racines

Qu’on ne s’y méprenne pas : aujourd’hui, je suis loin de pouvoir me passer de céréales 😉. En revanche, je suis enthousiaste pour expérimenter et pratiquer : imaginer, tester, goûter, rectifier, échanger avec d’autres personnes dans ce cheminement, et ensemble participer à l’émergence d’une alimentation qui favorise l’épanouissement du vivant… y compris des humains ! C’est évidemment une des principales raisons qui m’a poussée à écrire « Les arbres comestibles : les identifier et les cuisiner » et c’est ce qui motive les « Défis cuisine (presque) 100% sauvage » que je propose lors de week-ends conviviaux et créatifs.

Stimuler sa créativité, interagir avec d’autres personnes sur ce chemin, partager, ne pas trop se prendre au sérieux et faire de ce grand changement de paradigme un moment de joie et de célébration du vivant, voilà pour le coup ce que j’ai envie de cultiver !

cuisine des arbres sauvages

Publié par carolinecalendula

Ethnobotaniste, spécialiste des plantes sauvages comestibles Autrice voyageuse ~ Passeuse de savoirs et tisseuse de liens ~ Créatrice culinaire Co-directrice éditoriale Au Coin du Bois éditions

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