CUISINE SAUVAGE DE BIVOUAC : MES 3 RECETTES PRÉFÉRÉES

Cuisine au feu de camp

Je ne sais pas vous, mais de mon côté, dès que la pluie cesse et que le soleil ose pointer le bout de ses rayons, que les oiseaux se mettent à chanter et que l’air semble plus léger, j’ai une irrépressible envie d’enfiler mes chaussures de marche et de partir randonner…

Plus je marche, plus je m’immerge dans l’ambiance et les vibrations de la nature, plus j’ai envie de marcher plusieurs jours, de bivouaquer, de m’endormir dans le silence des étoiles et les petits bruits des animaux qui vaquent à leurs occupations, de me réveiller à l’aube et d’être témoin de somptueux levers de soleil !

Lever de soleil sur l'Aubrac ~ Chemin de Compostelle

Et qui dit bivouac dit forcément cuisine de bivouac… Alors, dans le cadre de l’évènement inter-blogueurs “Mes 3 recettes préférées pour cuisiner en pleine nature avec des plantes sauvages ” du blog ” le blog des plantes sauvages”, sur lequel Christopher a récemment parlé ici de mon livre 20 plantes multi-usages pour devenir autonome, je vous propose trois recettes sauvages de bivouac, à la fois pratiques et savoureuses !

Au bivouac : le feu de camp, lorsque c'est possible

La cuisine de bivouac, j’ai beaucoup pratiqué, d’une part lorsque j’ai fait le tour de Scandinavie en stop et en survie douce avec mon ami Olivier, et d’autre part lorsque j’ai marché 3 mois sur le chemin de Compostelle avec Lounis et Diksy. Dans le premier cas, nous bivouaquions avec 2 bâches, et comme tout ingrédient, nous avions de la farine, de l’huile d’olive et du sel : nous n’avons jamais rien acheté d’autre. Dans le deuxième cas, nous avons acheté des ingrédients au fur et à mesure du chemin, et nous avons préparé des repas qui mélangeaient cueillettes sauvages et ingrédients plus « classiques » (Vous pouvez lire le blog de voyage de cette aventure sur le chemin de Compostelle ici, et regarder les vidéos ici !).

La coquille St Jacques : le balisage sur le chemin de Compostelle

Quelles sont mes recettes sauvages préférées en bivouac ? Je précise que lorsque c’est possible, je préfère largement préparer un feu de camp, qui permet de cuisiner, mais aussi de réchauffer les corps et les âmes, et qui participe vraiment à la magie d’un bivouac. Quand les conditions ou la législation ne permettent pas un feu de camp, j’utilise alors un réchaud et une popote, ou, en version plus roots, un mini rocket-stove préparé avec 2 boîtes de conserves, et alimenté avec du petit bois.

CHAUSSONS SAUVAGES

Un des plats les plus faciles à préparer lorsque l’on peut faire un feu de camp, ce sont les chaussons : ils s’adaptent à toutes les latitudes et toutes les saisons, on peut les préparer avec des feuilles, des fleurs, des fruits et décliner en version salées et sucrées. Ils se dégustent tout chaud (c’est comme ça qu’ils sont les meilleurs), ou froids le lendemain, à n’importe quel moment de la journée, car ils se transportent facilement dans les sacs à dos.

La cuisine de bivouac : les chaussons sauvages

1/ Tout commence par la pâte à chapatis, que l’on prépare avec de la farine (la plus simple à travailler, c’est la farine de blé), du sel et un peu d’eau. On met une pincée de sel dans la farine, on mélange, puis on ajoute peu à peu de l’eau, jusqu’à pouvoir former une boule.

2/ Puis on prélève un tout petit bout de la pâte, gros comme une noix, et on l’étale dans sa main. On l’agrandit ensuite du bout des doigts, pour lui donner une forme allongée d’une épaisseur de 2 mm environ. On veille à ne pas faire une pâte trop épaisse, ce qui compliquerait considérablement la cuisson.

3/ On garnit ensuite la moitié du chausson avec les plantes de son choix (feuilles hachées, baies, fleurs entières ou hachées), et on referme le chausson en pinçant bien les bords avec les doigts.

4/ Puis on met rapidement à cuire, pour éviter que la pâte se dessèche ou s’imbibe de l’eau des fruits. Pour cela, il faut des braises bien chaudes (et non pas des flammes, qui brûleraient les chaussons). L’idée, c’est soit de poser les chaussons sur des pierres* chaudes autour du feu, orientées vers le feu, soit, si l’on n’a pas de pierres à disposition, de les mettre dans le couvercle de la popote, sur les braises. Le mieux, c’est d’organiser son foyer pour avoir des flammes d’un côté et des braises de l’autre, et d’alterner lorsque les braises commencent à faiblir.

5/ On surveille bien la cuisson, on tourne les chaussons, on reste bien attentif jusqu’à la fin de la cuisson, parce qu’on peut vite tout faire brûler si on ne fait pas trop attention !

* Ne jamais utiliser des pierres sorties du lit d’une rivière, car elles pourraient exploser.

Cueillette d'oseille sauvage

Mes chaussons préférés : ceux que j’ai mangés en août au nord de la Suède, à la myrtille et aux airelles… miam-miam !

PESTO SAUVAGE

Si on la chance d’avoir pu faire quelques courses, on peut avoir une poignée de fruits à coque sur soi, et un bout de fromage. C’est l’occasion rêvée de préparer un petit pesto sauvage, un des meilleurs plats sauvages de bivouac que l’on puisse cuisiner ! Il pourra se manger tel quel, se tartiner sur un bout de pain, ou sur des chapatis cuits au feu de bois, ou encore améliorer des pâtes, du boulghour, du riz… ou une même une soupe. Et si vous avez une petite boîte avec vous, vous pourrez en garder un peu pour le lendemain.

Cueillette sauvage : pourpier

1/ Cueillir des feuilles autour du campement : orties, lierre terrestre, plantain, trèfle, etc. Bien les laver puis les sécher dans un torchon.

2/ Avec son couteau, les hacher le plus finement possible. Faire de même avec le fromage, puis avec les fruits à coque (noix, amandes…), que l’on peut finir d’écraser entre deux pierres.

3/ Tout disposer dans une gamelle, bien mélanger, en ajoutant du sel et de l’huile d’olive : goûter au fur et à mesure pour rectifier l’assaisonnement. Si vous avez glané des épices sauvages, c’est aussi le moment de les utiliser : fruits de carottes, baies de genièvre, etc.

4/ Lorsque l’assaisonnement vous convient, finir de tout écraser avec une fourchette, et déguster !

Cuisine sauvage de bivouac : pesto de pourpier avec du riz

Mes plantes préférées pour le pesto sauvage : un plantain (grand plantain, plantain lancéolé ou plantain moyen) et du lierre terrestre pour les saveurs, et de la joubarbe ou du pourpier pour la texture onctueuse !

TISANES POUR LE PLAISIR ET LA SANTÉ !

La boisson chaude est un moment fort en bivouac ou en randonnée. Même en plein été, les nuits dehors sont souvent fraîches, et je trouve que le fait de tenir une boisson chaude entre ses mains est toujours très réconfortant. Ce petit moment suspendu donne l’impression de goûter à un certain luxe… dont on découvre toute la relativité lorsque l’on bivouaque ! Sur le chemin de Compostelle, tout au long des mois d’octobre et de novembre, alors que nous avons essuyé pluies et tempêtes, nous faisions régulièrement des pauses juste pour se préparer de quoi boire bien chaud… et se remonter le moral !

Inflorescence de reine-des-prés

Le plus pratique, c’est de cueillir au fur et à mesure de la marche, et de toujours garder dans ses poches de quoi préparer une tisane : origan, serpolet, lierre terrestre, bruyère, polypode, épicéa, douglas, baies de genièvre, reine-des-prés… : le choix de plantes est assez vaste, mais pour que le plaisir gustatif soit aussi au rendez-vous, il vaut mieux opter pour des plantes assez goûteuses. A noter que les fruits de reine-des-prés conviennent également tout-à-fait, une fois que les fleurs sont passées.

1/ On fait bouillir de l’eau sur son feu de camp, sur son réchaud ou encore sur son mini rocket stove.

2/ Puis on arrête le feu, on ajoute les plantes et on recouvre avec le couvercle de la popote.

3/ Je recommande si c’est possible d’envelopper la popote dans une polaire, un bonnet ou autre, pour ne pas que le liquide refroidisse trop, le temps de l’infusion.

4/ On laisse infuser une bonne dizaine de minutes, et ensuite on filtre à l’aide du couvercle (on verse en ouvrant à peine le couvercle).

Pour ma part je ne sucre jamais mes tisanes, et c’est bien pratique, comme ça il n’y a pas besoin d’alourdir ses bagages avec du sucre. En saison, il est possible d’ajouter des fruits (framboises, mûres…) pour obtenir une saveur plus douce.

Cueillette sauvage : mûres

Ma tisane sauvage préférée : celle de reine-des-prés, qui a l’avantage de combiner saveur agréable et bienfaits sur les douleurs et courbatures de randonnée ! 😉

Le dernier petit conseil : en croisant un genévrier femelle, penser à ramasser quelques baies et à les garder dans ses poches. Ce sont de très bons bonbons résistants à toute épreuve (ils ne s’écrasent pas dans les poches, ne fondent pas avec le soleil ou la pluie…), que l’on peut grignoter en cas de petite faim !

Cuisine de bivouac : chapatis et framboises

J’ajoute que d’une manière générale, le moral est crucial en randonnée et en bivouac, et que la nourriture et les boissons ont un grand rôle à jouer en la matière ! Contrairement au triste sachet lyophilisé, la cuisine sauvage permet de se projeter tout au long de la journée, en glanant au fil de la marche, en réfléchissant à la façon dont on va accommoder les plantes, et en utilisant sa créativité pour se régaler au campement ! C’est aussi une manière de se relier aux lieux que nous traversons, dont nous n’aurons pas seulement admiré les paysages (dans le meilleur des cas, car je rencontre trop souvent des randonneurs qui ne sont obnubilés que par les performances réalisées) : nous aurons aussi été nourri-e-s de ces lieux, enthousiasmé-e-s par les plantes que nous aurons croisées et cueillies, marqué-e-s par les saveurs qui sont bien souvent décuplées dans ce contexte. Les plantes font ainsi totalement partie de la magie du voyage, des rencontres et des souvenirs !

Pour se former à l’identification et à la cuisine des plantes sauvages comestibles, c’est ici !

Publié par carolinecalendula

Ethnobotaniste, spécialiste des plantes sauvages comestibles Autrice voyageuse ~ Passeuse de savoirs et tisseuse de liens ~ Créatrice culinaire Co-directrice éditoriale Au Coin du Bois éditions

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