Auris-St Jacques de Compostelle : un long cheminement vers soi

Auris-St Jacques : un long cheminement vers soi

Auris-St Jacques : nous voici de retour de la première partie de notre périple -puisque nous avons appris courant novembre que cette aventure se déroule finalement en deux grands épisodes ! Après le temps qu’il nous a fallu pour (re)trouver nos marques dans cet ancien monde devenu aussi nouveau monde, car marqué par nos transformations intérieures… que retenons-nous de ce premier grand épisode ?

Tout d’abord, sur le chemin, cet extraordinaire sentiment de liberté, d’autant plus intense que nous sommes souvent en présence d’immenses étendues. En vivant la plupart du temps au sein de ces espaces naturels, nous expérimentons également une magnifique communion avec la nature -communion qui non seulement nous remplit de joie, mais nous permet aussi de retrouver notre place dans ce vaste monde. Passer ses journées dehors, au contact du monde végétal, minéral et animal, dormir sous la voûte étoilée, intégrer à ses repas les cueillettes des plantes rencontrées sur le chemin, tout cela participe à un profond ré-ancrage.

La lenteur de notre progression, qui peut au premier abord paraître comme une lourde contrainte, nous permet au contraire de pleinement profiter de cette liberté, en expérimentant un rythme adapté à l’être humain, en étant entièrement dans l’instant présent, et en goûtant tous les petits bonheurs de chacune des journées.

Paradoxalement, même si les conditions de confort sont bien moindres que celles dont nous avons l’habitude, nous sentons à quel point nos vies sont grandement simplifiées. L’objectif de la journée, c’est d’avancer, tous les efforts sont tournés vers ce but : avoir la forme physique nécessaire, se créer les meilleurs conditions matérielles possibles, trouver son chemin, prendre soin de Diksy pour que son enthousiasme perdure. Reste à gérer la location du lieu de bivouac, le linge à laver, les repas à préparer.

L'émerveillement devant les petits cadeaux de la nature fait aussi partie du chemin...

L’émerveillement fait aussi souvent partie du chemin, et peut prendre toute sa place, grâce à la lenteur de notre progression et à la simplification de nos vies. Il nous accompagne à tout moment, que ce soit lors des magnifiques levers de soleil dont nous avons la chance d’être témoins, en admirant les superbes paysages que nous traversons, lors de belles et chaleureuses rencontres humaines, en cueillant une plante qui va venir accompagner nos repas, autour d’un feu de camp, ou encore… en savourant une douche bien chaude !

Mais il ne faut pas non plus tomber dans l’idéalisation ! Tout est loin d’être rose sur le chemin de St Jacques de Compostelle… La souffrance fait aussi bien sûr partie du voyage : souffrances physiques avec notamment le poids du sac à dos, souffrances morales lorsque nous affrontons nos limites psychologiques, souffrances de se sentir rejetés parce que nous voyageons avec un chien… La souffrance morale nous invite à aller au plus profond de nous, à explorer notre monde intérieur, et à trouver nos propres ressources pour continuer à avancer.

Le froid et la pluie ont souvent accompagné nos pas et nos nuits !

Une fois de retour à la maison, on se rend alors compte de l’ampleur des transformations intérieures qui se sont opérées tout au long du chemin. Cela commence tout bêtement par l’immense gratitude que l’on éprouve tous les jours de pouvoir dormir dans des lits confortables, prendre une douche chaude, et de savoir que quelles que soient les conditions météorologiques, nous avons un toit sur la tête !

La vie semble à la fois énormément plus simple qu’avant de partir, remplie de tant de choses dont nous pouvons nous réjouir tout au long de la journée, mais aussi énormément plus compliquée que sur le chemin. Nous réalisons à quel point les humains se créent une montagne d’obligations et de complications, qui, si l’on n’y prend garde, finissent par s’installer au-devant du tableau, masquant complètement le reste. Le dépouillement que nous avons vécu sur le chemin, qui nous a contraint de nous défaire de tout le superflu (à tous points de vue) nous permet maintenant d’identifier ce qui est essentiel à nos vies. Ces repères forts rendent alors possible le recul face aux pressions, le recentrage, et la réflexion sur ses priorités et ses choix.

Savoir simplifier et se recentrer : un des principaux enseignements du chemin

Pour moi, ce cheminement intérieur m’a aussi conduite sur la voie de la simplification -voie que je sentais nécessaire avant de partir, mais dont la réalisation concrète restait difficile à mettre en oeuvre. Cela commence avec la simplification matérielle : en retrouvant ma chambre, j’ai été choquée par la quantité de vêtements présents dans mon armoire -et pourtant, je pense être loin de la quantité que l’on peut trouver dans un dressing par exemple ! En revanche, le frigo totalement vide (que j’avais débranché pendant mon absence) m’a procuré un grand sentiment d’apaisement. Avoir vécu avec si peu permet encore de faire reculer un peu la peur du manque : finies les réserves-au-cas-où-il-y-a-plein-de-neige. Je me sens suffisamment dans la confiance pour savoir que je ne manquerai de rien.

La vitesse est aussi un élément-clé de ma réflexion post-retour. Avant notre départ je vivais à 200 à l’heure, toujours fatiguée. Le chemin m’a montré qu’en simplifiant ma vie et en connaissant mieux mes priorités, je peux aussi ralentir mon mode de vie. Mais peut-être aussi et surtout, que je peux ne pas culpabiliser de ma lenteur naturelle, que je n’ai pas à être en lutte constante contre cette tendance, mais qu’au contraire elle est à chérir, comme un précieux cadeau de l’univers, qui me permet de rester reliée à moi-même.

La lenteur : une constante du chemin, et un enseignement précieux !

Lors des premières semaines qui ont suivi notre retour, j’ai eu besoin de beaucoup de calme et de contemplation : j’ai vécu presque sans voir personne, marchant presque tous les jours dans la montagne, parlant peu, et utilisant la voiture seulement pour le ravitaillement hebdomadaire. Et puis les fêtes de fin d’année sont arrivées, et j’ai pris la voiture pour aller fêter Noël en famille, chez mes parents : en 9h de route, j’ai fait le même chemin que j’avais mis deux mois et demi à parcourir à pied* ! La quasi-totalité de la route se fait sur autoroute, à plus de 100km/h : le pied sur l’accélérateur, j’étais presque grisée par cette vitesse et par la possibilité de pouvoir encore l’augmenter en appuyant plus fort sur la pédale de l’accélérateur.

J’ai alors nettement pu ressentir -y compris dans mon corps-, la fracture entre le rythme naturel et le rythme toujours plus rapide (qui finit par nous sembler naturel) de notre société moderne. Aller à l’autre bout du monde en quelques heures, être livrés le lendemain d’une commande faite sur internet, communiquer instantanément avec des personnes qui habitent loin… : cela paraît si banal et si normal, et pourtant, ça ne l’est pas du tout ! Et pire encore, le fait de vivre tout ceci au quotidien inscrit dans nos corps des repères qui ne sont pas les bons, et qui nous font perdre de vue qui nous sommes réellement, et quels sont nos réels besoins.

Auris-St Jacques de Compostelle : un long cheminement vers soi

Le chemin, par son rythme humain, par sa lente progression dans un long et salvateur voyage intérieur permet à chacun de se (re)trouver, d’identifier sa propre destination, et de faire des choix qui lui permettent à la fois d’être en accord avec soi, et d’atteindre son but . Le cheminement nécessaire pour atteindre cette connaissance si précieuse est accompagné de bien des épreuves à surmonter… et pourtant, le plus difficile reste encore, une fois rentré, de garder ses propres repères en tête et de rester fidèle à soi. C’est pourquoi le chemin continue, même lorsque l’on a marché jusqu’à St Jacques de Compostelle…

*Mes parents habitent dans le Lot, et nous avons fait escale plusieurs jours chez eux à la fin du mois d’octobre.

Pour lire le blog de voyage, avec un compte-rendu quotidien en textes et en images de ces 1000 premiers kilomètres, c’est ici !

Pour retrouver les autres articles de fond sur notre périple, c’est ici !

Un enseignement du chemin : retrouver son rythme naturel

Commentaires

One comment on “Auris-St Jacques : un long cheminement vers soi”
  1. Geneviève Carles-Monplaisir dit :

    Merci mille fois chère Caroline d’avoir,une fois de plus, partagé vos pensées et les sentiments inspirés par votre périple. Merci aussi de rappeler que lenteur et gratitude pour les biens dont nous sommes comblés, solitude et silence contribuent à notre paix intérieure,si précieuse. A très bientôt,j’espère pour la poursuite de vos aventures. très amicalement, G.

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