Le sac à dos : je t’aime moi non plus – I

Lorsque l’on choisit son sac à dos c’est un peu comme lorsque l’on se marie… On rêve déjà aux futurs merveilleux moments que l’on va vivre ensemble sans savoir que ce que cette relation a de plus beau à nous offrir ne se situe pas là, mais plutôt dans les instants les plus difficiles, et ce que l’on va en apprendre.

Lorsque j’ai choisi le mien (voir ici), je savais déjà que la vie ensemble n’allait pas forcément être facile, mais je n’imaginais pas encore tout ce qu’il allait m’enseigner !

Les premières leçons ont commencé quand il a tout fallu faire rentrer dans le sac, puis quand j’ai essayé de le mettre sur les épaules la première fois : j’avais fait le choix d’une petite contenance (45-55 l) pour limiter ce que j’allais apporter avec moi et m’inciter à aller vers l’essentiel. Dans la théorie c’est parfait… dans la pratique beaucoup moins !

Comment donc définir cet essentiel ? De nombreux aspects de la vie courante sont représentés dans le sac : habillement (aussi bien en pleine canicule qu’au petit matin quand les températures sont proches de 0°C), protection en cas de pluie, hébergement, couchage, cuisine, boisson, toilette, pharmacie, papiers… sans compter les cartes et le petit truc à soi, qui va permettre de ne pas se perdre, garder ses repères au milieu de ces changements constants…

Dans la pratique, on commence par dresser une grande liste de tout ce qui nous semble incontournable, on pèse le tout et on se rend vite compte qu’il va falloir revoir ce qui est « indispensable » à ce voyage. Dans notre cas, nous avons eu beaucoup de chance, car pendant les premières semaines de notre périple nous sommes restés dans une région où amis et famille sont présents et ont pu nous rejoindre, nous apporter ce dont nous nous étions séparés trop hâtivement et remporter ce que nous avions jugé indispensable mais s’est finalement révélé être moins important que prévu.

Au cours du processus on finit par se rendre compte que de toute manière, nous ne pourrons pas emporter avec nous tout ce dont nous aurons réellement besoin dans tous les cas de figure. Si on commence par se demander « De quoi est-ce que j’ai absolument besoin ? », on finit par réaliser que pour terminer son sac, la question à se poser est : « Qu’est-ce qui sera le moins pénible à supporter ?« . Car il va bel et bien falloir composer avec l’inconfort… Est-ce que ce sera plus pénible de ne pas pouvoir changer ses vêtements aussi souvent que je le souhaiterais ou de finir complètement trempée lors des épisodes pluvieux ? Est-ce que je préfère réduire mes possibilités de cuisine, voire manger uniquement froid, ou avoir une deuxième paire de chaussures à l’étape ? Les réponses seront très personnelles et différeront d’un-e marcheur-se à un-e autre ; dans tous les cas, chacun-e sera invité-e à tester ses limites, à réfléchir sur la notion d' »indispensable », et à découvrir ce dont il/elle peut se passer pour quelques temps et les sacrifices qui vont au-delà de ce qui est supportable.

Si l’exercice se révèle parfois très difficile, il a l’avantage d’être aussi très formateur. Nous vivons en effet dans un monde où les offres dans tous les domaines (loisirs, habillement, habitat, profession, nourriture, etc.) sont presque illimitées ; il est finalement facile de se noyer au milieu de ces innombrables propositions, de ne plus arriver à distinguer, à trier le superflu de l’indispensable et surtout ce qui est important pour soi et ce qui ne l’est pas, et de passer de nombreuses années à côté de ce qui est essentiel. L’avantage avec le sac à dos, c’est qu’on ne peut pas éluder la question, ou la repousser à plus tard « quand nous aurons le temps » : quand ça ne rentre pas ou pire encore, quand le poids est trop important, il faut trouver une réponse immédiate, et l’on se retrouve confronté à soi-même, obligé d’aller chercher au fond de soi, de se regarder en face et de se poser les bonnes questions.

Et au bout du compte, la bonne nouvelle, c’est que l’on se rend compte que cette réduction matérielle, bien que pas toujours bien confortable, s’accompagne d’une libération de temps et d’énergie considérable ! Par exemple, nous avons fait le choix d’être minimalistes concernant le matériel de cuisine : une popotte avec couvercle, 2 cuillers en bois, nos couteaux, une tasse, un saladier dont les bords peuvent se replier pour faire une assiette ou une planche à découper et une assiette en bois, offerte sur le chemin. Un jour, alors que je faisais la vaisselle à la rivière, je réalisai soudain des conséquences de ce choix : une énorme simplification de ma vie. Alors qu’à la maison chaque préparation de repas et chaque repas est suivi d’un épisode vaisselle de taille, qu’il faut ensuite sécher et ranger, depuis que nous sommes partis, la vaisselle dure au maximum 5 mn. Pas besoin non plus de multiples placards pour stocker tout ce matériel, exit aussi le ménage qui accompagne l’entretien de tous ces placards et des pièces indispensables pour tous les placards, et exit le souci de toutes ces choses à planifier dans la journée. Alors oui, bien sûr, nos possibilités en cuisine sont réduites, mais elles ne sont pas dérisoires non plus : risottos, purées aux plantes, soupes, béchamels, gnocchis, galettes, tartes, pâtes avec leur sauce aux plantes locales, salades aux plantes aromatiques, polenta diverses… nous avons déjà eu l’occasion de cuisiner de nombreuses recettes variées.

Finalement, qu’est-ce que je préfère ? Avoir toujours plus de possibilités en cuisine (ce que j’adore, je l’avoue), avec toujours plus d’ingrédients et toujours plus de matériel censé me simplifier la vie et m’ouvrir de nouveaux horizons (cela va de l’économe à la râpe, au robot, au four et au matériel encore plus spécifique), ou faire des choix et renoncer à certaines formes culinaires, mais avoir plus de temps, être moins stressée, et pouvoir me centrer sur des choses qui sont encore plus profondes et essentielles à mon bien-être – et donc au bien-être de toutes et de tous ? Parce qu’au final, quelqu’un qui vit pleinement sa vie, qui passe l’essentiel de son temps sur des activités qui nourrissent vraiment son être profond, c’est quelqu’un qui est bien dans sa peau, qui rayonne, et qui est un plus pour tout son entourage !

Commentaires

One comment on “Le sac à dos : je t’aime moi non plus – I”
  1. jeanmarc57 dit :

    C’est juste aller a l’essentiel,et ne pas s’encombrer de fioritures permet d’aller au plus profond de soi,de son âme et vivre pleinement pour quoi on est fait et pour la raison de notre présence ici et maintenant sur terre.Comme tu le dis si bien ainsi on rayonne!🌈🌠

    J'aime

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